dimanche 7 septembre 2014

Le cliffhanger

Sunflower est une fresque de science-fiction qui emprunte aux séries télévisuelles un certain nombre de codes, dont l'organisation en épisodes et en saisons. J'ai fait l'erreur au départ d'appeler chaque épisode une « nouvelle ». Erreur fatale qui m'a valu quelques commentaires acerbes (mérités car une nouvelle n'est pas un épisode) du type : « mais où est la fin de cette histoire ? ». La frustration était d'autant plus grande que les épisodes se terminent généralement par un « cliffhanger ». Bref, promis, je n'utiliserai plus ce terme impropre de nouvelle pour la prochaine saison...
Voyons plus précisément ce que signifie cet anglicisme. Le « cliffhanger » est une technique narrative essentielle des romans-feuilletons et plus généralement de toute histoire racontée sous la forme de plusieurs épisodes. Ce terme signifie littéralement « personne suspendue à une falaise », ce qui illustre bien l'objectif. Il s'agit en effet d'établir une tension narrative sous la forme d'une « fin » ouverte visant à créer un fort suspense. Le récit s’achève alors avant son dénouement, à un point crucial de l’intrigue, laissant un personnage dans une situation difficile. Autrement fit : « Le personnage est pris au piège, il est en danger : va-t-il s'en sortir ? Vous le saurez dans le prochain épisode ! » (source Wikipedia).
Le terme cliffhanger aurait été utilisé pour la première fois par Thomas Hardy en 1872, qui laisse Henry Knight dans une situation périlleuse dans son roman publié en feuilleton : « A Pair of Blue Eyes ».
La technique avait été déjà largement employée par Alexandre Dumas (1802-1870) et Eugène Sue (1804-1857), mais sans lui donner de nom spécifique. Comment ne pas citer également l'histoire de « Shéhérazade » dans les contes des « Mille et Une Nuits ». La plupart des textes proviendrait d'un ancien livre persan intitulé « Hazār-afsāna » (Les Mille contes) écrit vers le dixième siècle, une période très riche pour la péninsule arabique. Tout le monde se souvient de cette histoire devenue un véritable mythe :
« Le roi de Perse, Shahryar, fait exécuter sa femme pour cause d'adultère. Prétendant que toutes les femmes sont perfides, il décide d'épouser chaque jour une vierge qu'il fait exécuter au matin de la nuit de noces pour se venger. Shéhérazade, fille aînée du grand vizir, se porte alors volontaire pour faire cesser le massacre, et met au point un stratagème avec sa sœur cadette Dinarzade. Après son mariage, le soir venu, elle raconte une histoire palpitante au sultan sans la terminer. Son époux veut alors tellement connaître la suite qu'il lui laisse la vie sauve pour une journée de plus. Ce stratagème dura pendant mille et une nuits au bout desquelles le sultan abandonne sa résolution et décide de garder Shéhérazade auprès de lui pour toujours, ayant reconnu ses qualités de cœur et d'esprit. » (Source Wikipedia).
Depuis l'avènement du cinéma et surtout des series télévisées, le cliffhanger est fréquemment employé, surtout avant chaque coupure publicitaire ou fin d'épisode, pour stimuler le spectateur à suivre l'histoire jusqu'à son dénouement final. Le site a-suivre.org donne une liste des cliffhanger parmi les plus célèbres, dont le fameux « Who shot J.R.?  » qui clôtura la troisième saison de « Dallas  » avec un coup de feu tiré sur le personnage. Ce cliffhanger suscita l'attente impatiente de plus de 80 millions de téléspectateurs.
Plus modestement, j'utilise le cliffhanger dans Sunflower non seulement pour tenir le lecteur en haleine et le fidéliser, mais surtout car cette tension narrative est génératrice d'émotions. Elle peut éventuellement frustrer le lecteur mais elle permet de ne pas sceller le destin de certains personnages à la fin d'un épisode ou d'une saison.

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